
Les Escoumins, un levé de soleil sur le St-Laurent
Il est 6h30, le soleil vient de se lever sur le nord-est du St Laurent. De la terrasse du chalet d’été d’où nous vous écrivons, nous ne voyons qu’une multitude de minuscules rochers, quelques îlots en contre jour puis c’est une vaste mer qu’on appelle ici toujours le fleuve avec un grand respect. Sur l’un de ses îlots se dresse l’inukshuk que Louen et Romuald ont monté hier pendant l’activité travail manuel de l’école maternelle. L’inukshuk est un amas de pierre inuit permettant de signaler un lieu ou d’indiquer une direction.
Le soleil encore très bas force à froncer les sourcils afin de voir ce que Romuald écrit sur l’écran. Nous laissons une oreille attentive au cas où nous entendrions un grand souffle puis un bruit puissant pour pouvoir immédiatement porter le regard au large et espérer voir le grand rorqual bleu, le plus gros animal de tous les temps. Hier, avant que les enfants ne se lèvent nous avons aperçu ses jets d’eau de plusieurs mètres, au large, sans pouvoir le voir.
Pour l’instant nous n’entendons que le bruit des petits vagues qui viennent lécher le bateau de pêche en bois, échoué à marrée basse sur la plage et bien sûr les cris des mouettes et des cormorans.
Nous sommes aux Escoumins à 34 kilomètres au nord de Tadoussac et de l’embouchure du Saguenay. Mercredi, nous avons pris un grain énorme comme nous n’avions jamais pris dans notre courte vie : les restes du fameux cyclones katrina… Des trombes d’eau associées au vent donnaient l’impression d’être accueillis avec un saut d’eau à chaque fois que l’on descendait de notre voiture. En quelques secondes nous étions trempés jusqu’à la moêlle. Nous en avons profité pour visiter le musée de la baleine à Tadoussac… Superbe. Et grâce à Fabio qui même sous le déluge laisse traîner un œil sur tous les d’eau dans l’espoir de voir des baleines, nous avons vu des petits rorquals (9 m) et des bélougas (5 m) juste avant d’entrer dans le musée.
La tempête qui a fait rage toute la nuit suivante à laisser quelques traces : toute la région de la côte nord du Québec a été touchée par des inondations, éboulements et glissements de terrain. Il n’est plus possible, depuis, de circuler d’un village à l’autre. Les routes sont coupées et nous sommes coincés ici. A priori la route principale pour Québec devrait rouvrir samedi ou dimanche. Nous redescendrons donc directement sans passer par le Lac St-Jean car les routes secondaires ne seront rétablies que beaucoup plus tard. Quasi plus un bruit sur les routes, en revanche, quelques hélicoptères passent pour les transports d’urgence.
Nous logeons pour la première fois chez Jacynthe, une membre de l’association Servas (voir les partenaires) et il faut avouer que nous sommes bien tombé… surtout qu’au lieu de rester deux jours nous y resterons presque 5. Afin de pas s’étaler, j’écrirai seulement qu’ici on se sent comme chez une amie que l’on connaîtrait depuis des années…
Petite pause déjeuner au soleil : le thé aux bleuets et le gâteau aux pétales de roses de Jacynthe est servi, ne le laissons pas attendre.
Gastronomie
La panse bien remplie nous en profitons pour parler de gastronomie.
Lors de notre voyage depuis Montréal nous nous sommes arrêté sur l’Ile d’Orléans où nous retournerons passer quelques jours ce week-end. A l’île d’Orléans se trouve la ferme d’Oc de Jeff à 15 km à gauche sur la route qui fait le tour de l’île. Il y élève des canards et des oies de manière artisanale pour faire du foie gras, des rillettes et des magrets succulents. En arrivant chez Jacynthe, Romuald a improvisé une nouvelle recette : un magret de canard aux bleuets … un régal. Le bleuet est le fruit que l’on retrouve partout en ce moment au Québec c’est une baie bleu de la taille des myrtilles. Les enfants en raffolent.
Ici, c’est aussi le pays des fruits de mer et du poisson. Hier nous avons goûté des bourgots marinés et des pâtes aux pétoncles avec une petite sauce au vin blanc préparé par Jacynthe… du bonheur en barre. Le pétoncle a peine cuit fond dans la bouche.
Sinon, le Québec est contrairement aux idées reçues est un pays où il existe des fromages qui valent un petit détour… notamment dans l’est de Montréal, le Charlevoie et le lac St-Jean. Le vin est certes cher mais on trouve de tout. Il y a quelques productions locales notamment dans les vins de glace … mais mon coup de coeur c’est un cidre non pétillant, fruité, de l’Ile d’Orléans qui est plus proche d’un bon vin blanc que d’un cidre.
Les baleines.
Si Tadoussac et sa région sont un hot spot de la baleine, c’est lié à la conjonction de plusieurs éléments :
- Le St-Laurent est déjà une véritable mer à cet endroit
- Le Saguenay un fiord magnifique vient s’y jeter, le mélange d’eau douce et d’eau salée très froide provoque un brassage propice au développement du krill et plus généralement d’une grande diversité de faune aquatique
- Des fosses marines de plusieurs centaines de mètres de profondeur permettent aux grands mammifères marins d’y batifoler à leur aise.
Ceux-ci viennent là non pas en croisière pour voir des touristes mais pour se ravitailler avant l’hiver et la saison des amours coûteuses en énergie. Ils engloutissnte des tonnes de nourriture en mangeant 20 h par jour.
L’influence néfaste des bateaux de tourisme trop nombreux sur le St-Laurent ayant été prouvée des règles trop souvent non respectées ont été établies afin que les bateaux ne s’approchent pas trop.
Pour notre part, nous avons choisis de rester à terre. Le coin dispose de magnifiques points d’observation terrestres qui nous ont permis parfois de voir des baleines à moins de 50 mètres.
Nous laissons le soin aux enfants de raconter avec plus de détails ce que nous avons vu afin de ne pas être redondant. Sachez simplement que nous avons été émerveillé à la fois par les sites qui sont magnifiques et par la vue même au loin de ces majestueux mammifères marins. Imaginez-vous au bord de l’eau, debout à scruter impatiemment les flots, malgré le vent, le froid et la pluie quand surgit un bélouga d’un blanc magnifique qui lentement fait passer successivement tout son corps au dessus de l’eau… avant de replonger. Nous vous assurons qu’à ce moment, vous retrouvez une émotion bien connue de votre enfance : l’émerveillement pur et simple.
La route pour la côte nord.
Les villages sont très beaux avec un mélange de maison en bois typiques du Canada et des maisons en pierre qui rappellent parfois Bretagne ou Normandie.
Les côtes sont sauvages, escarpées, rocheuses… il y a des baies avec de belles plages mais attention l’eau du St-Laurent est ici toujours au-dessous de 7°c. Dès que l’on rentre dans les terres, on retrouve des kilomètres de forêts et lacs la plupart du temps inhabités. Comme ils disent ici : le Québec c’est un million de lacs, la France c’est un million de routes.
Nous avons beaucoup aimé les quelques heures passées au cap de Lauzon (un lieu stratégique historique sur le St-Laurent) et le village phare du Charlevoie… la baie St- Paul.
Le haut doubs québecois
Même ici difficile de passer inaperçu pour Romuald avec son accent du Haut-Doubs… Jacynthe dont le chum est d’origine de Pontarlier l’a reconnu de suite et se moque régulièrement de lui.
Quelques expressions sont communes : l’auto pour la voiture, le déjeuner, dîner, souper pour petit déjeuner, déjeuner et dîner…
En revanche on se régale des leurs même si parfois on ne comprend pas tout.
L’école.
Ca y est l’école a repris pour les enfants depuis Mercredi…. En gros deux heures tous les matins. Comme à la maison les réveils pour l’école sont difficiles pour Anaëlle. Louen a du mal a resté concentré et rapidement Romuald l’amène faire une activité manuelle.
D’ailleurs, c’est l’heure. Aujourd’hui après les maths, activité manuelle pour tout le monde en utilisant l’argile trouvée en bord de mer hier soir.
Ce soir Jacynthe parlait de nous faire faire un petit tour en kayak de mer… et bien sûr on fête l’anniversaire de Fabio et d’Anaëlle.
A bientôt … Probablement pour vous donner quelques news de Québec, l’Ile d’Orléans et la Gaspésie.
PS du soir avant publication : finalement pas de kayak car il y a eu un orage. En revanche, aujourd’hui nous avons vu par trois reprises une baleine bleue depuis la maison … euh, celle de Jacynthe. Ce soir, nous avons fêté l’anniversaire des petits. C’était très très sympa. Ils ont beaucoup apprécié les nombreux messages via internet. Les Escoumins, c’était le fun… Nous allons quitter Jacynthe avec déjà dans un coin de notre tête l’envie de revenir un jour. L’Inukshuk sera-t-il encore là ?
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