
J-2. Depuis deux jours, on vit dans une ambiance proche d’un retour de colonie de vacances. Dans la voiture les enfants chantent. Ils se réveillent excités et se couchent joyeux en pensant au temps qui passe et qui nous rapproche de la France. La fin d’un voyage, le début d’une autre aventure.
Pour nous, c’est plus difficile à décrire, on prend le temps de savourer ces derniers instants hors du quotidien habituel. On a sérieusement ralenti le rythme des visites et on passe beaucoup de temps dans l’eau à se baigner ou regarder jouer les enfants. Le retour nous tarde car on a envie de revoir tout le monde. En revanche, au fond de nous, on a conscience que le retour à la réalité sera difficile. Mais revenons au voyage et à notre dernier récit.
Chypre
On a débarqué à Larnaka après deux jours de voyage et nos aventures londoniennes. Depuis Pékin et grâce à Skype et Internet, nous avons contacté Annie, la sœur d’un copain qui habite à Chypre. Vu la période de vacances, on a préféré lui demander de nous réserver un hôtel à Limassol, près de chez elle pour quelques jours, histoire de se renseigner sur ce qu’on allait faire tranquillement et de ne pas se retrouver sans hébergement. Tout devait donc se dérouler pour le mieux… Là, vous vous attendez à un « mais »… et bien oui, à l’aéroport il nous manquait un bagage, le plus gros. On était tellement détendu qu’on a attendu bien sagement pendant une heure avant d’aller au fameux « Baggages claims » auxquels, nous n’avions pas rendu visite depuis Miami en décembre. Afin de ne pas se déplacer pour rien, on a aussi profité pour faire une déclaration d’endommagement sur notre valise à roulette qui en fait n’en pouvait plus, usée par plusieurs mois de voyage. On est reparti avec un bon d’achat qui nous a permis de racheter une valise toute neuve et bien plus jolie ainsi qu’avec l’assurance de récupérer notre gros sac à dos le lendemain, directement à notre hôtel. En fait, nous l’avons récupéré 4 jours plus tard. Heureusement, dedans il y avait principalement des souvenirs, des chaussures et la pharmacie…. Mais pas les maillots de bains, ni le seau et les pelles pour jouer dans le sable. Bref on avait l’essentiel.
La route pour aller à Limassol, nous a tout de suite mis dans l’ambiance. Dès la sortie de l’aéroport, on se retrouve au milieu d’une mer de sel montrant qu’ici le climat est plus qu’aride et semi désertique. Les collines alentours laissent apparaître plus de roches et de terre ocre que d’arbres et de buissons. Seuls quelques oliviers semblent avoir assez de force pour enfoncer leurs racines dans cette terre. Ils paraissent au loin de la hauteur d’un bonsaï, écrasés par la chaleur du soleil de plomb de la mi journée. Le long de la route, les lauriers sont fleuris en blanc, rouge ou rose et au loin la mer a une couleur inimitable : celles des vacances de notre enfance en Italie pour l’un, au Maroc ou en Espagne pour l’autre. Même les grillons semblent nous le crier : bienvenue en Méditerranée.
Limassol.
A l’est, c’est un littoral de sable, bordé d’hôtels et de résidences appartements sur des kilomètres. Il y a beaucoup de restaurants, de boites de nuit, de bars, de cabarets qui font de Limassol un lieu réputé pour faire la fête. Ce côté fait penser à la Grande Motte avec en plus quelques eucalyptus en bord de mer. Autant dire qu’on n’y croise pas de routards mais plutôt des vacanciers en tout genre qui cherchent la mer. De l’autre côté et jusqu’au vieux port, c’est la deuxième ville de Chypre, vivante et dynamique avec en front de mer une belle promenade aménagé et en deuxième rideau des ruelles piétonnes et commerçantes et de vieux quartiers où il fait bon flâner. Les chypriotes, ici (comme partout d’ailleurs) sont très sympathiques et très accueillants. Bon méditerranéens, ils rejoignent volontiers les touristes à la plage et profitent de la fraîcheur du soir pour sortir, se promener et s’asseoir aux terrasses des cafés.
Suivant les conseils d’Annie, on s’est dit que sa position centrale et la qualité des routes qui la dessert en ferait un bon camp de base pour les premiers jours et surtout une ville pareillle, c’est la garantie de pouvoir voir la finale de la coupe du monde en arrivant.
L’hôtel appartement que nous a réservé Annie est propre et fonctionnel, un petit 2 pièces en rez-de-chaussée donnant sur la piscine. A quelques minutes à pied, la plage bordée d’Eucalyptus. Le seul hic, c’est que dès dix heures elle se remplit de monde… C’est loin de nos standards du Tour du monde. On loue donc au plus vite une voiture pour pouvoir s’échapper à notre guise.
Mais revenons à la finale de la coupe du monde, le jour de notre arrivée. Avec le décalage horaire, les enfants et Valérie restent dans la chambre pour la regarder. Ils s’endormiront bien vite trop crevés. Valérie se réveille à la fin pour les tirs au but et elle ne comprend plus rien. Il n’y a plus Zidane, Henri et Vierra sur le terrain et les italiens se font siffler.
Annie a embarqué Romuald dans un bar où ils se sont retrouvés avec un grand groupe d’expatriés français. Ses fils se sont peints les couleurs de la France sur les joues. L’ambiance après le but de Zidane est à son comble. Ce n’est qu’à l’égalisation qu’on se rend compte de la présence de quelques touristes italiens qui explosent de joie. Bon la suite, vous la connaissez. Dieu que c’était triste. On a eu l’impression de voir en direct un enfant qu’on aime faire une grosse bêtise. Sur le coup, on n’a qu’une envie c’est de lui trouver des excuses, le pardonner sur le champ mais surtout de revenir en arrière pour que cela se passe autrement. Et s’il avait réussi à marquer de la tête juste avant, hein ?
Les sifflets du public Allemand, les ennemis de 82 et 86, ont fait chaud au cœur mais non pas réussi à ramener Zidane ni la réussite du côté Français et c’est donc les quelques touristes italiens qui ont fêté la victoire le soir même à Limassol.
Côté Zidane avec un peu de recul soyons franc. Il a réagit comme un gamin jouant dans une cours d’école ou entre deux immeubles de banlieue. Mais bon si le monde entier a pris tant de plaisir à le voir jouer jusqu’à au bout de sa carrière c’est que malgré or et célébrité, il est toujours resté un gamin de la balle… très culotté.
En tout cas la coupe ayant pris une importance considérable pour notre famille d’expatrié, le lundi était bien triste.
Pour se remettre de tout cela, on a repris le chemin des visites, en alternant avec des pique niques et des après-midi à la plage, pour finir par des plouf piscine avant le repas du soir.
Côté culturel, Chypre c’est un bijou. Cette île a été tour à tour Hellénique, Romaine, Egyptienne, Française, Vénitienne, Ottomane puis administrée par la Couronne d’Angleterre avant d’être indépendante… il y a donc de quoi faire.
Le premier site archéologique que nous avons visité et celui qui nous a le plus impressionné, c’est celui de Kourion qui présente de beaux vestiges grecs et romains dans un site grandiose surplombant la mer et des falaises de calcaire blanc dans un décor sauvage et aride. Au début, on a pris peur en voyant les cars de tours opérateurs mais heureusement, ils limitent leur visite à l’amphithéâtre (certes joli) et aux vestiges couverts. On s’est rapidement éloigné d’eux pour se retrouver seuls ou presque à reconstruire mentalement ce que pouvait être la cité. Malgré la chaleur intense, les enfants et même Romuald ont tenu le choc. Fabio n’arrêtant pas de poser des questions, Valérie a joué à la prof d’histoire de l’art avec plaisir. Sous ses paroles, les colonnes se sont redressés, les murs blancs se sont colorés et le sol des thermes est apparu et le frigidarium rempli d’eau froide…. Avec un peu d’imagination surtout basée sur nos dernières lectures d’Astérix et Obélix, l’endroit reprend vie facilement
Nos périples quotidiens nous ont conduit aussi à Khirokitia, un site néolithique avec de belles maisons rondes que le CRNS français a reconstitué pour en faciliter la compréhension. Il n’en était pas de même au temple d’Aphrodite qui pour le commun des mortels ne ressemble qu’à un champ avec quelques pierres et deux colonnes dessus. Dur, dur de se projeter.
Heureusement, le musée qui jouxte le site est dans une bâtisse médiévale très belle avec quelques panneaux présentant le mythe d’Aphrodite, la déesse de l’amour.
Non loin, de là se trouve la baie où elle est née, un endroit très photogénique, passage obligé de chaque touriste à Chypre. Autant vous dire que sur la plage qui fait face à cette maternité mythologique, on ne se sent pas seul. En revanche comme d’habitude, les alentours présentent des points vues magnifiques et sauvages où l’on eut mieux apprécier le judicieux choix des dieux. C’est vraiment très beau.
Dans les alentours de Limassol, on trouve aussi des châteaux forts de l’époque Vénitienne. Ce n’est pas Versailles mais cela devait être efficace. A l’intérieur, il fait frais, on aurait presque envie d’y rester et de ne plus bouger.
Côté plage dans ce coin de l’île, on est loin du Vanuatu ou de l’Ile des Pins mais on apprécie l’air de la mer ainsi que de jouer dans le sable et dans l’eau avec les enfants. Malgré le monde, la plage en bas du site de Kourio a le mérite d’avoir une vue superbe sur les falaises.
On a préféré celle de la Baie du Gouverneur entre Larnaka et Limassol avec des rochers calcaires qui avancent dans l’eau et un air de Santorin. Bien sûr il y a quand même des parasols et des transats mais cela reste raisonnable. Les enfants ont remarqués tout seuls les monokinis. Et oui, on est bien en Europe !
La montagne
Une petite excursion dans les villages de l’arrière pays tel que celui Lefcara nous ont donné un avant goût de ce qui nous attendait en montagne. De vieilles femmes en noirs, de petites places avec de jolies églises, des pergolas de vignes, des ruelles étroites et pentues avec des vues surprenantes sur les vallées et les collines alentours. Un peu plus haut des chemins muletiers rejoignent des champs arides où seuls les oliviers ont réussis à pousser. Dans le fond, on devine au loin, dans les montagnes recouvertes de pins, des sentiers qui appellent à la randonnée.
Romuald après plusieurs jours sur la côte commençait à trépigner d’impatience. Il nous fallait donc monter. On avait prévu d’y passer 2 ou 3 jours mais en douce Romuald a réservé 4 nuits histoire d’anticiper hein…
En route donc pour le massif du Troodos et ses magnifiques vallées.
Il fut un temps où les vacances à la plage n’étaient pas à la mode et où pour les anglais, il était de bon goût de venir à Chypre en montagne. Quelques hôtels se sont développés. Des maisons de campagnes y ont poussé, les restaurants ont ouvert et les villages tel que Platres ont perdus certes de leur authenticité mais ont pu garder des emplois et leurs enfants. Maintenant cela a changé et les hôtels ferment peu à peu. Si certains tiennent encore, c’est grâce au tourisme chypriote qui fuit la côte, la chaleur et les touristes étrangers le week-end et pendant les vacances. Du coup l’ambiance y est très chypriote, détendu… un vrai bonheur pour nous.
On s’est arrêté à Platres pour glaner des informations à l’office du tourisme, s’asseoir sur un banc, apprécier la relative fraîcheur et l’odeur procurée par les forêts de pins toutes proches, pendant que les enfants s’empiffraient d’une glace. On a fait aussi notre première rando. Même si on montait plein nord dans un vallon encaissé, on a été surpris de voir couler un torrent et d’aboutir à une cascade… Mais d’où peut-elle venir ?
Au retour en fin d’après midi, on est redescendu par un chemin forestier en crête, d’où l’on voyait l’enchaînement des collines arides jusqu’à la brume de chaleur du dessus de la mer. Simplement magnifique.
Ensuite, on a tournicoté pour se rendre plus au nord de l’autre côté du Massif dans la Vallée de la Maratassah. Ici, les villages n’ont pas connus le tourisme ou très peu. Quelques structures se sont développées depuis que leurs églises ont été classées par l’Unesco au patrimoine de l’humanité mais elles restent marginales.
Les villages sont accrochés sur les flancs de la vallée. Seules des routes pentues et sinueuses permettent de les pénétrer. C’est à pied qu’on circule le mieux en empruntant sentiers et escaliers permettant de passer d’une maison à l’autre de rejoindre la place de l’église, le ruisseau ombragé du fond de la vallée ou une terrasse de café. Loin de tout, les villages se sont peu à peu dépeuplés, les écoles ont fermé et se sont regroupées et beaucoup de maisons n’ouvrent leurs volets que le temps des vacances ou d’un week-end, le village reprenant alors un peu de la vie d’antan.
Les panneaux du bord des routes nous ont mis dès notre arrivée dans l’ambiance. Les panneaux « attentions à nos enfants et nos écoles » ont cédés place à un « attention à nos vieux » symbolisé par un couple tout en noir traversant la route à l’aide d’une canne.
Nous avons élu domicile dans une petite maison en pierre en contre bas de Kalopanayiotis. Rien de luxueux mais un charme fou avec au centre de la pièce principale une magnifique amphore chypriote où d’antan l’on stockait l’eau pour la maison et même un cheminée rappelant qu’en hiver la neige et le froid recouvre parfois la vallée. Là haut sur le Troodos il y a même des pistes de ski.
Nous disposons d’une courette avec salon de jardin où l’on a profité de la fraîcheur matinale et du soir pour y manger. En journée, l’été, il fait chaud, voire très chaud. Les volets sont fermés. Les chaises et les bancs où viennent s’asseoir les vieilles en noir pour regarder passer les quelques voitures et piétons sont vides. Plus rien ne bouge. C’est l’heure de la sieste.
Ayant un peu de mal de se lever et au grand dam de Romuald, c’est pourtant bien souvent peu avant midi que nous arrivons à partir pour randonner, chargés d’eau en grande quantité.
L’une d’entre elles a été mémorable en plein soleil sur une crête. Elle nous a conduit jusqu’au guet anti-incendie où le garde était content d’avoir pour une fois quelqu’un avec qui discuter. Avec quelques mots de vocabulaire en anglais, il a réussi à nous conter tout le panorama qui s’ouvrait à nous. Le lendemain, dimanche, nous sommes montés en haut du Troodos pour marcher entre 1700 et 1900 d’altitude au milieu des pins. Arrivé sur la place de Troodos, on a été surpris de retrouver du monde autour d’un marché touristique, d’un jardin avec jeux pour enfants, des ventes de slouvakis, des glaces etc.… en revanche sur le sentier qui longeait le promontoire de Kampos Tou Livadiou au dessus de la vallée de Kakopetria, on s’est retrouvé tout seul. Les enfants qui aiment randonner ont chanté tout le long. On a même eu le droit à la Marseillaise … Les pins en étaient tout émus.
On a bien sûr profité de notre séjour pour se promener dans les villages et visiter les fameuses églises classées par l’Unesco. La première fois qu’on en a visité une, nous avons bien rigolé. Ne sachant pas à quoi elle pouvait ressembler, on s’était dirigé tout droit vers la plus belle et grande église du village (Pédoulas). Il faut dire qu’au milieu de la place, toute blanche avec des toits arrondis et sa croix grecque, on ne voyait qu’elle ! Les villageois se marraient en voyant qu’on voulait la visiter et nous ont finalement indiqués où se trouvait celle de l’Archange Michel de Pédoulas, quelques rues plus bas. De loin, elle ressemble à une maison en pierre restaurée avec très peu de fenêtres et un toit à deux pans. Une petite porte permet d’y entrer. En faisant le tour, on aperçoit un mur arrondi qui semble abriter le chœur et au dessus l’emplacement des cloches. C’est bien là. Comme toutes les églises chypriotes, elle est fermée et c’est quelqu’un du village qui a la clef et qui nous ouvrira les portes. A l’intérieur, ce sont des fresques magnifiques qui datent du 12ème siècle. On remarque rapidement que les yeux de tous les personnages masculins ont été abîmés volontairement : « Par des gens qui ne sont pas chrétiens » nous confesse notre hôte.
Ce dernier nous expliquera chaque fresque, une à une… A la sortie l’argent qu’on réservait pour une donation a fini dans sa poche et il nous invité tous les 5 à boire un café chez lui sous sa pergola. L’occasion pour les enfants de déguster leurs premières cerises de l’année et pour nous d’en apprendre beaucoup sur la vie du village et ceux des alentours.
Nos autres visites nous conduiront au fabuleux monastère de Kalopanayiotis, le village où nous logeons (même époque) ainsi qu’à celui très connu de Kikkos, le lieu de pèlerinage chypriote.
Ce dernier est immense, en fonction et très bien conservé. Les fresques qu’il abrite sont de véritables livres de catéchismes. L’un des murs représente l’histoire du monastère : elle est liée à celle d’un ermite ayant fait vœux de silence, battu par un pope imbu ne supportant pas qu’on ne lui réponde pas et qui des années plus tard, malade, comprend que seul le pardon de l’ermite lui apportera salut et repos. Ce dernier en même temps recevra un message de Dieu lui indiquant de se rendre au chevais du Pope et d’apporter une relique de la vierge à Constantinople. Ajouter à cela quelques miracles en route dont la guérison de la fille du roi et vous obtenez une histoire fantastique qui a subjugué les gamins.
Nicosie
On a failli ne pas y aller pour rester tranquille à profiter de la quiétude de notre village perdu dans les montagnes et finalement on a décidé d’y passer une journée principalement pour formaliser cette fameuse ligne verte qui divise la capitale.
Les chypriotes comme nous l’a raconté Annie, ont toujours cette séparation en travers de la gorge. La guerre de 1974 qui n’a duré que quelques jours est dans toutes les mémoires et revient souvent dans les discussions. On n’admet pas cette division sur l’île. Il est inévitable que l’unité doive être refaite. Comment ? Probablement par l’entrée de la Turquie dans l’Europe.
En attendant, la ligne verte et belle et bien présente. Les rues sont barricadées et des check points de l’armée interdisent de passer de l’autre côté. Les maisons faisant frontière sont abandonnées. Si certaines ont été investies par des ateliers d’artisans ou des entrepôts, d’autres menaces de s’écrouler et donnent l’impression que les combats se sont arrêtés la veille au soir.
De l’observatoire placé en haut d’un immeuble, on domine toute la vieille ville entourée de ces remparts vénitiens caractérisés par des avancées régulières en forme d’as de pique.
D’en haut, il est bien difficile de deviner la frontière. Les explications et les photos panoramiques mettent en avant les principaux édifices et leur rôle avant la séparation. On prend alors conscience de ce gâchis. C’est un peu comme si l’on séparait Paris en deux en faisant passer un mur au milieu des Champs Elysée.
Pour le reste, la visite de la ville n’a pas été un grand moment... d’une part parce qu’il faisait chaud et d’autre part parce qu’en arrivant, nous avons récupéré nos emails et appris le décès du Parrain de Valérie. Toute la journée, elle était perdue dans ses pensées alternant entre larme, envie de repartir, envie de finir le tour du monde etc. Finalement après discussion avec la famille et la difficulté pour nous de changer nos dates (pleine saison et évacuations des expatriés libanais), on a décidé de rester.
Polis
Après la Montagne et Nicosie, nous sommes partis sur la côte nord ouest, près de la péninsule d’Akamas à Polis. Cette petite bourgade et les alentours proches sont touristiques mais on ne trouve plus de jeunes fêtards en vacances mais plutôt des familles. Le soir, on se balade dans la rue piétonne pour manger une glace ou s’asseoir à une des nombreuses terrasses de café et de restaurant. La journée, les touristes alternent entre la plage, les piscines des hôtels et parfois quelques visites de villages.
Nous avons choisi comme à Limassol un hôtel appartement. Notre petit F1 meublé sans charme situé dans une annexe du complexe hôtelier avait le mérite de donner sur une belle piscine où nous étions quasi seuls avec nos voisins anglais.
Nous avons diminué le rythme des visites, d’une part pour que les enfants profitent de la plage et de la piscine. D’autre part parce que Valérie n’avait plus la pêche, ne pouvant éviter de penser à sa famille en France dans la douleur. Un soir, nous sommes partis nous promener vers le petit port de Pomos. Pendant que Romuald et les enfants ont joué dans les rochers protégeant le port, Valérie est partie seule, marcher le long des falaises sur la plage de galets. Son parrain très méditerranéen aurait aimé cet endroit et sans quitter sa veste, il aurait s’en doute ramassé lui aussi quelques cailloux bien plats pour les lancer dans la mer… Il fallait lui dire au revoir. Les vagues et le vent ont emporté toutes les larmes qu’elle retenait.
Le lendemain, nous sommes partis visiter un des sites archéologiques de Paphos présentant des mosaïques grecques très bien conservées. Valérie a, là encore, joué à la prof pour petits et grands mais très vite la chaleur et l’absence de vent a exténué tout le monde. Valérie a fini la visite seule pendant que le reste de la famille attendait à l’ombre.
Au retour, on s’est laissé perdre dans les chemins de terre qui longent la péninsule d’Akamas. Les sites étant protégés, très vite tout devient sauvage et on finira à la superbe et grande plage de Lara. Le lieu est grandiose : loin de tout, avec en arrière plan des collines jaunes brûlées par le soleil où l’on devine quelques abris de berger en pierre et sur les cotés, des falaises où viennent se fracasser les vagues. Ici point de bruit de voitures, de bateaux à moteurs, de jets skis ou autres mais seulement le vent, le bruit des vagues et les cris de nos enfants. Les tortues marines ne s’y sont pas trompées : c’est là qu’elles ont décidé de venir pondre depuis des milliers d’années.
La péninsule d’Akamas est montagneuse et abrite de beaux sommets et canyons. Romuald y partira seul pour une randonnée matinale près des bains d’Aphrodite, le site le plus touristique de la région. A part quelques chèvres, il ne croisera, ni ne verra personne, même sur le chemin du retour. Il faut dire que se lever à 4 h 30, le matin, pendant les vacances, ne tentent pas grand monde et surtout pas Valérie et les enfants. Pour la première partie de la randonnée le soleil qui se levait dans son dos, éclairait peu à peu de ses rayons rouges le chemin devant lui. Ensuite, depuis le sommet, il a découvert toute la péninsule et sa côte découpée pour revenir en surplombant la mer, avec des vues magnifiques sur des lagons d’une couleur irréelle.
Afin que les enfants et Valérie voient tout cela eux aussi et pour éviter une longue balade de plusieurs heures sous la chaleur estivale, on y retourne tous ensemble un soir sur la partie surplombant la mer.
Enfin, on loue un bateau à moteur pour se rendre dans les lagons. Romuald conduit et Valérie s’occupe de l’ancre. L’eau est tellement claire qu’il suffit de plonger avec un masque pour vérifier si le bateau est bien accroché. Au fond, l’ombre du bateau sur le sable blanc bouge avec le vent et celles de nos corps filent en direction des rochers et des petits poissons.
Aujourd’hui, nous sommes reparti sur Limassol pour dire au revoir à Annie, occasion de manger un soir en terrasse, des petites spécialités Chypriotes et grecques, avec un vin rouge bien corsé du pays.
Demain, nous passerons la journée à la plage du Gouverneur, la préférée des enfants. Là, il y a des rochers de calcaire blanc qui s’avancent dans la mer où les enfants en sautant pourront évacuer l’excitation croissante du retour. Ensuite, nous irons directement à l’aéroport pour s’envoler pour Londres pour notre dernière nuit du tour du monde.
A très bientôt.
Valérie et Romuald
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